Bases du montage
Organiser ses rushes avant de commencer le montage
Une méthode simple de dossiers, noms et sauvegardes pour retrouver chaque plan sans perdre le fil du récit.

Un montage fluide commence avant l’ouverture du logiciel. Des rushes mal copiés, des cartes mélangées ou des fichiers mal nommés ralentissent chaque étape et augmentent le risque de perdre une prise importante. Une organisation simple permet de retrouver rapidement une scène, de comparer les prises et de préparer un projet durable.
1. Protéger les fichiers avant toute sélection
Ne montez jamais directement depuis la carte mémoire d’une caméra, d’un enregistreur ou d’un téléphone. Une carte sert au transfert initial, pas à la conservation du projet. Tant que la copie n’est pas vérifiée, évitez de supprimer les fichiers de la carte.
Effectuer une copie intégrale
Copiez la structure complète de chaque carte ou support, y compris les dossiers qui semblent vides ou techniques. Certains appareils répartissent les vidéos, les métadonnées, les fichiers proxy et les informations de prise dans plusieurs dossiers. Ne sélectionnez pas uniquement les fichiers vidéo visibles.
Conservez une copie de travail sur le support qui servira au montage et une seconde copie sur un autre support physique. La copie doit être vérifiée en comparant les tailles, les durées et, lorsque l’outil utilisé le permet, les sommes de contrôle des fichiers. Une copie qui s’est terminée sans message d’erreur n’est pas nécessairement une copie intégrale.
Appliquer la règle 3-2-1
- 3 copies des fichiers importants, en comptant la copie de travail ;
- 2 supports différents, par exemple un disque de travail et un autre disque de sauvegarde ;
- 1 copie dans un autre lieu, afin qu’un dégât local, un vol ou une panne générale ne détruise pas toutes les versions.
Cette règle ne remplace pas une vérification régulière. Une sauvegarde doit pouvoir être ouverte et lue. Testez de temps à autre quelques fichiers vidéo, audio et de projet sur le support de secours.
2. Créer une arborescence stable
Une arborescence cohérente évite de déplacer les fichiers au hasard. Le logiciel de montage retrouvera plus facilement les médias si les dossiers restent organisés pendant toute la production.
PROJET
├── 01_IMAGE
│ ├── SCENES
│ ├── B_ROLL
│ └── PHOTOS
├── 02_SON
│ ├── PRISES
│ ├── AMBIANCES
│ └── EFFETS
├── 03_MUSIQUE
├── 04_GRAPHISME
│ ├── LOGOS
│ ├── TITRES
│ └── SOUS-TITRES
├── 05_PROJET_MONTAGE
├── 06_PROXY
├── 07_EXPORTS
├── 08_DOCUMENTS
└── 09_ARCHIVE
Les numéros placés au début des dossiers maintiennent leur ordre d’affichage sur la plupart des systèmes. Le nom des dossiers peut varier, mais il doit rester court, explicite et identique sur les différentes copies du projet.
Que placer dans chaque dossier ?
- 01_IMAGE : vidéos originales, plans d’illustration, photographies et captures nécessaires au montage ;
- 02_SON : dialogues enregistrés séparément, ambiances, effets et fichiers issus d’un enregistreur audio ;
- 03_MUSIQUE : morceaux dont l’utilisation est autorisée ou dont le statut a été vérifié ;
- 04_GRAPHISME : titres, logos, cartes, illustrations, sous-titres et éléments d’animation ;
- 05_PROJET_MONTAGE : fichiers du projet, sauvegardes automatiques et versions de travail ;
- 06_PROXY : copies légères utilisées pour monter plus confortablement ;
- 07_EXPORTS : versions de visionnage, exports de validation et fichier final ;
- 08_DOCUMENTS : notes, feuilles de service, transcription, liste des plans et informations de production ;
- 09_ARCHIVE : éléments conservés après la fin du montage, sans les mélanger aux fichiers actifs.
Ne mélangez pas les originaux et les proxies dans le même dossier. Un proxy est une copie de travail, pas un remplacement du fichier source.
3. Adopter des noms de fichiers lisibles
Un nom utile indique au minimum la date, le projet, la scène ou la séquence, la caméra ou la source, ainsi que le numéro du plan ou de la prise. Utilisez une convention identique pour tous les médias.
Une structure comme AAAAMMJJ_PROJET_SCxx_CAMx_PLANxxx_PRISEyy permet de retrouver ces informations sans ouvrir chaque fichier. Les éléments entre parenthèses représentent des champs à remplir selon le projet ; ils ne doivent pas être remplacés par des descriptions différentes d’un dossier à l’autre.
- Préférez les lettres, les chiffres, le trait d’union et le soulignement ;
- évitez les accents, les apostrophes, les barres obliques et les caractères spéciaux ;
- n’utilisez pas seulement « final », « nouveau » ou « version2 » ;
- conservez les extensions originales des fichiers ;
- attribuez un numéro distinct à chaque prise ;
- notez les changements importants dans un fichier de suivi plutôt que de renommer continuellement les médias.
Si la caméra a déjà créé des noms uniques, évitez de les modifier sans raison. Vous pouvez ajouter des informations dans les métadonnées ou dans un tableau de suivi, tout en conservant le nom original comme référence.
4. Renseigner les métadonnées
Les métadonnées sont les informations associées à un fichier ou à une prise. Elles peuvent comprendre la date, le lieu, la caméra, la fréquence d’images, la résolution, l’objectif, le numéro de scène, la prise et des remarques.
Commencez par les informations qui influencent directement le montage : scène, prise, contenu du plan, qualité technique et présence d’un problème. Un tableau simple peut contenir les colonnes suivantes :
- nom du fichier ;
- source ou caméra ;
- scène et numéro du plan ;
- prise ;
- description courte ;
- qualité de l’image et du son ;
- statut : à vérifier, retenu, rejeté ou à synchroniser ;
- remarque sur le contenu ou la continuité.
Les appréciations doivent être précises. « Bon » apporte peu d’information. « Regard vers l’interlocuteur, son propre, légère surexposition sur la fenêtre » aide réellement au choix d’une prise.
5. Classer les rushes par scène et par fonction
Un classement chronologique ne suffit pas toujours. Pour une interview, regroupez les prises de la personne interrogée, les plans de coupe, les ambiances et les détails du lieu. Pour un documentaire, distinguez les séquences principales, les observations, les archives et les éléments de contexte.
Créer des groupes de sélection
Après la copie, visionnez les médias sans chercher immédiatement à monter. Attribuez à chaque prise une catégorie utile au projet :
- À conserver : prise techniquement exploitable ou indispensable au récit ;
- À vérifier : fichier incomplet, synchronisation incertaine ou qualité à examiner sur un écran plus grand ;
- À écarter : doublon confirmé, fichier illisible ou prise inutilisable ;
- Plan de coupe : image qui peut couvrir une transition ou illustrer une parole ;
- Ambiance : son ou image utile pour situer un lieu et donner une continuité.
Ne supprimez pas les prises écartées avant la fin du projet. Marquez-les comme rejetées dans le logiciel ou dans votre tableau, puis conservez les originaux dans l’archive jusqu’à la validation définitive.
6. Préparer le son et les prises à plusieurs caméras
Le son doit être organisé séparément de l’image. Identifiez les fichiers provenant d’un micro-cravate, d’une perche, d’un enregistreur ou d’une caméra. Une courte note sur la personne enregistrée, le lieu et la scène facilitera la synchronisation.
Pour plusieurs caméras, donnez à chaque source un nom clair et conservez les fichiers dans des dossiers distincts. Repérez le clap, un geste visible accompagné d’un son net ou tout autre point commun. Si les appareils ont enregistré un son continu, celui-ci peut aussi servir de référence pour aligner les angles.
Avant le montage, vérifiez les fréquences d’images et les fréquences d’échantillonnage. Des réglages différents ne rendent pas automatiquement le projet inutilisable, mais ils peuvent provoquer des décalages, des conversions ou des problèmes de lecture qu’il vaut mieux identifier tôt.
7. Préparer des fichiers proxy sans perdre les originaux
Les proxies sont des versions plus légères des fichiers vidéo. Ils peuvent rendre le montage plus réactif lorsque les rushes sont très lourds, que la définition est élevée ou que l’ordinateur peine à lire plusieurs flux.
Un proxy doit conserver une correspondance claire avec son original. Utilisez le même nom de base et ajoutez un indicateur explicite dans le dossier ou le nom, sans créer d’ambiguïté avec le fichier source. Le logiciel doit pouvoir relier et délier les proxies à tout moment.
- générez les proxies après avoir sécurisé les originaux ;
- choisissez une définition et un codec adaptés à la lecture, pas à la livraison finale ;
- contrôlez que la durée, la fréquence d’images et le nombre de canaux audio correspondent aux originaux ;
- testez quelques fichiers avant de lancer une conversion complète ;
- désactivez les proxies avant le contrôle final de l’image et avant l’export définitif.
Les proxies ne corrigent ni une mauvaise mise au point, ni une exposition incorrecte, ni un son défaillant. Ils servent uniquement à faciliter le travail avec les médias.
8. Conserver une trace des versions
Enregistrez régulièrement le projet sous une nouvelle version lorsque la structure, la synchronisation ou le montage évolue de manière importante. Une numérotation continue est plus fiable que des noms comme « final_final ».
Notez dans un document les changements importants : médias relinkés, proxies créés, séquence de référence, export réalisé et problèmes encore ouverts. Cette note sera utile lors d’une reprise du projet plusieurs jours plus tard ou sur un autre poste de travail.
Checklist avant de commencer le montage
- Les cartes et supports d’origine ont été copiés intégralement.
- Les copies ont été vérifiées par comparaison ou somme de contrôle lorsque cette fonction est disponible.
- Au moins trois copies existent, sur deux types de supports, dont une dans un autre lieu.
- L’arborescence distingue l’image, le son, la musique, le graphisme, les projets, les proxies et les exports.
- Les originaux ne sont pas mélangés avec les proxies.
- Les noms de fichiers suivent une convention régulière.
- Les scènes, prises, caméras et remarques importantes sont identifiées.
- Les fichiers audio séparés ont été repérés.
- Les médias provenant de plusieurs caméras peuvent être synchronisés.
- Les fréquences d’images et les réglages audio ont été vérifiés.
- Les proxies, s’ils sont nécessaires, ont été testés et reliés correctement.
- Une version initiale du projet et un document de suivi ont été enregistrés.
Erreurs fréquentes à éviter
Formater la carte trop tôt
Une carte ne doit être réutilisée qu’après une copie vérifiée et une sauvegarde indépendante. La présence d’un fichier sur l’ordinateur ne prouve pas que tout le contenu a été transféré.
Renommer ou déplacer les fichiers pendant le montage
Les déplacements imprévus provoquent des médias hors ligne. Stabilisez l’arborescence avant d’importer les fichiers et utilisez les fonctions de gestion des médias du logiciel si un déplacement devient nécessaire.
Mettre tous les médias dans un seul dossier
Cette méthode paraît rapide au début, mais elle complique la recherche des prises, des ambiances et des versions exportées. Des dossiers peu nombreux mais clairement séparés sont plus efficaces.
Supprimer immédiatement les prises faibles
Une prise techniquement imparfaite peut contenir un regard, une réaction ou un son utile. Marquez-la plutôt que de la supprimer tant que le récit n’est pas stabilisé.
Confondre proxy et fichier final
Un proxy est destiné au travail de montage. Il ne doit pas être livré ni archivé comme unique version d’un original. Contrôlez toujours les médias actifs avant l’export.
Négliger le son
Une organisation centrée uniquement sur l’image ralentit les interviews, les documentaires et les tournages à plusieurs caméras. Le son doit être copié, nommé, vérifié et synchronisé avec autant de soin que l’image.
Une bonne préparation ne remplace pas le regard créatif, mais elle lui laisse davantage de place. Quand chaque fichier est protégé, identifié et accessible, le montage peut se concentrer sur le rythme, la continuité et la construction du récit plutôt que sur la recherche de médias perdus.